Archives An-Nahar et Cinquante ans de guerre …

par : M.Hamza Alayan – Journaliste

Qu’est-ce qui a changé après la guerre civile libanaise (1975-1990), qui a duré quinze ans ? La guerre a-t-elle engendré une nouvelle génération affranchie du mal chronique du sectarisme ? A-t-elle créé un citoyen libanais doté de toutes les qualités nécessaires ? Ou le changement n’était-il qu’un mensonge, une illusion dans laquelle des générations ont vécu avant de se remettre du choc ? Nombre d’intellectuels ont parié que la guerre entraînerait un changement fondamental, la considérant comme un « outil » – la guerre civile – et croyant que son aboutissement mènerait à un avenir meilleur. Ils pensaient que les nations devaient purifier leur cycle de vie et construire un avenir durable. Le phénomène de « libanisation » a émergé et s’est transformé en une véritable « phobie » au sein de plusieurs pays et sociétés arabes, comme une maladie contagieuse. Il est apparu par la suite que le Liban avait été le premier à entrer dans le tourbillon des guerres et avait, dans une certaine mesure, échappé à ses conséquences, tandis que d’autres étaient « coincés » et ne pouvaient plus sortir des ténèbres. Mon collègue, l’artiste plasticien Nabil Qaddouh, a eu la gentillesse de m’envoyer un numéro spécial du journal An-Nahar de Beyrouth consacré aux guerres qui ont ravagé le Liban. Ce numéro, intitulé « L’histoire qu’on n’a pas enseignée », affirme que « l’histoire du Liban reste à écrire, et parce que sa mémoire a été laissée à l’oubli et à la falsification, le moment est venu de la raconter telle qu’elle est. Le journal a ouvert ses archives afin que le pays ne soit pas privé d’une mémoire collective et d’un récit partagé, dans le but de parvenir à un récit unifié de notre histoire. » Parmi les guerres successives qui ont frappé ce pays depuis 1943, la guerre civile fut la plus terrible et la plus destructrice, offrant un terrain fertile aux chercheurs et aux historiens. On peut citer, à titre d’exemple, le récent ouvrage publié par le Centre arabe de recherche et d’études politiques, intitulé « Cinquante ans après la guerre du Liban de 1975 : Effets et transformations », qui rassemble de précieuses analyses critiques de douze professeurs, chercheurs et penseurs. M. Tarek Mitri estime que tous ont été vaincus et que notre pays est sorti de la guerre profondément blessé, et l’est encore. De son côté, le directeur du centre, le Dr Khaled Ziyadeh, perçoit le conflit comme interne à chaque secte, l’autre visage de la guerre. Les luttes intestines violentes au sein de chaque secte ont trouvé dans la guerre un moyen de s’emparer du pouvoir grâce aux bouleversements qu’elle a infligés à la structure sociale et politique. L’étude la plus marquante est sans doute celle de Muhammad Abi Samra, qui cite le roman de Fawzi Zibian, « Mémoires d’un policier libanais », et notamment cette phrase : « Un Libanais ne peut comprendre un autre Libanais comme un être humain à part entière que s’il l’associe à une secte et à un chef. Les rues et les ruelles du Liban sont toujours imprégnées de l’image d’un chef. » En bref, personne au Liban, ni parmi les autres groupes sectaires marqués par leurs guerres et leur héritage durable, ne veut admettre, ni à soi-même ni aux autres, que les guerres qu’ils répètent sans cesse sont futiles et ne font qu’engendrer davantage de destruction.

Loading

Rate this post

La Gazette

Learn More →

You May Have Missed!