Au-delà du Parti des Cafards…

Par: M.Hamza Elyan

Le « Parti des Cafards » apparu en Inde n’était pas un cas isolé dans le contexte plus large du cyberespace transnational. Le phénomène de la contestation numérique, dont nous observons aujourd’hui les prémices, est le fruit de mouvements nés sur Internet, menés par la génération Z. Ces mouvements débutent par la satire, dégénèrent en représailles, attirent les jeunes et deviennent des outils de pression sociale. Le « Parti des Cafards », qui a secoué l’Inde en tant que mouvement politique, a rassemblé 23 millions de sympathisants, surpassant tous les partis politiques, y compris le parti au pouvoir. Dans les archives numériques, on retrouve des cas similaires où une autre génération, certes, mais née du même environnement numérique, présente des variations dans sa forme.

Nous sommes face à une génération de jeunes qui possèdent les outils de l’influence, un potentiel de changement supérieur à celui des organisations et partis politiques traditionnels, et qui utilisent le langage des abréviations numériques ainsi que l’usage parfois déconcertant du mot anglais « mème ». Un mème est une idée, une image, une courte vidéo ou une phrase satirique qui se propage rapidement en ligne, partagée et modifiée par les internautes, souvent avec humour ou à l’aide d’abréviations astucieuses. Aujourd’hui, l’arme politique par excellence, ce sont les réseaux sociaux, habilement utilisés par la jeune génération pour impulser le changement. Il s’agit d’un nouveau langage maîtrisé par les jeunes sur les plateformes en ligne, un outil politique distinct de celui de la génération des années 1960, qui s’était mobilisée grâce aux publications imprimées. Les outils de la génération numérique sont bien connus, mais on sait moins que ces groupes numériques ne sont pas encore parvenus à se transformer en une entité ou une institution cohérente. Ils sont plutôt comme des vagues d’ouragans ou de tremblements de terre, surgissant soudainement comme une inondation et se retirant tout aussi vite.

Une série d’événements illustre l’ampleur de ce phénomène et son impact sur les décideurs politiques, notamment : la Marche pour nos vies (2018) : initiée suite à une fusillade dans une école américaine, cette marche, menée par des étudiants, a bouleversé le discours politique dominant sur le contrôle des armes à feu. – Fridays for Future (2018) : Lancé par un militant suédois, ce mouvement a transformé la lutte contre le changement climatique, d’un enjeu environnemental élitiste, en une cause politique mondiale et populaire. – Alliance du thé au lait (2020) : Née dans quatre pays asiatiques autour du thé au lait, elle est devenue le plus grand mouvement de protestation politique. – Mouvement étudiant chilien (2019) : Des vagues successives de manifestations ont éclaté en octobre de cette année-là, marquant de leur empreinte le processus constitutionnel. L’utilisation de la satire comme arme politique a été employée par un certain nombre d’intellectuels et de leaders d’opinion, mais son impact est resté limité, sa diffusion se cantonnant aux livres et aux articles, occasionnellement à la télévision et parfois à des rencontres littéraires. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, cependant, dépasse toutes les espérances grâce à la révolution numérique, généralisée, moins coûteuse et plus influente.

Loading

5/5 - (1 vote)

La Gazette

Learn More →