Par Hamza Olayan hamzaolayan@icloud.com
En 1937, Pablo Picasso n’a pas été chargé de peindre un beau tableau, mais d’immortaliser un événement qui a bouleversé les consciences. Il en résulta « Guernica », une œuvre qui, loin de se contenter de dépeindre les détails de la guerre comme des photographies, en transmettait la douleur et les cris des victimes, devenant ainsi l’une des œuvres pacifistes les plus célèbres. À cette époque, l’artiste jouait un rôle comparable à celui des médias aujourd’hui, relatant les événements de son temps et leur conférant une dimension humaine qui transcendait l’actualité éphémère. L’art n’était pas un simple ornement, mais un moyen de susciter des interrogations et d’éveiller les consciences. Mais si Picasso était parmi nous aujourd’hui, après la victoire de l’Espagne à la Coupe du monde, aurait-il peint un tableau célébrant le trophée, les festivités et les médias ? Ou aurait-il, comme à son habitude, cherché à raconter une autre histoire, une histoire échappant au prisme de la célébration ? Peut-être aurait-il peint la joie des foules, non pas comme une simple victoire sportive, mais comme un moment d’unité nationale autour d’un rêve commun. Peut-être aurait-il posé une autre question : pourquoi les gens peuvent-ils oublier leurs différends pendant quelques heures pour un match, et pourtant échouer à s’unir pour des causes plus importantes ? La différence entre un véritable artiste et un journaliste réside dans le fait que le premier ne se contente pas de relater les faits, mais en recherche le sens profond. Un joueur peut soulever le trophée, mais l’artiste capture l’impact que cette scène laisse sur les cœurs. Ainsi, le tableau de Picasso aujourd’hui ne représenterait peut-être pas le trophée lui-même, mais l’humanité, toujours en quête, au milieu du tumulte des victoires et des défaites, d’un sens plus profond à la vie. La question la plus importante n’est peut-être pas ce que Picasso aurait peint, mais plutôt de savoir si notre monde offre encore aux artistes la possibilité de témoigner de leur époque, ou si la rapidité de l’information et l’abondance des images ont contraint l’art à courir après les événements au lieu de les interpréter.

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